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Cultura, Società e Il Mondo dei Caraibi

Haiti

 

di Mariella Moresco Fornasier

 

 

Première République Noire Indépendante - 1er janvier 1804

 

 

 

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L'opposition continue de dénoncer une "mascarade"  (22 dicembre 2001)

Tolleranza zero: gli assassini di Stato  (18 dicembre 2001)

Viol du local de la Kid  (23 agosto 2001)

L'opération au camp des Swat  (29 luglio 2001)

La crise haïtienne: quelle sortie?  (maggio 2001)

Due governi in carica dal 7 febbraio  (10 gennaio 2001)

 

 

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L'opposition continue de dénoncer une "mascarade"

 

 

Evidemment on ne saurait espérer après ce qui vient de se passer que le mot Négociations ne soit mis - même pour un temps - sous le boisseau. C'est même la première fois depuis longtemps que les deux protagonistes ne se sentent point obligés de jouer cette comédie, étant donné que bien malin saurait dire les véritables intentions de l'un ou de l'autre et que les choses durent comme ça depuis si longtemps. Mais l'international, quant à lui, tient bon. Les Etats-Unis, la France, le Canada et l'OEA condamnent la tentative de coup, ne cessent aussi de déplorer les incendies de bureaux et de résidences de leaders de l'opposition (l'ambassadeur américain paie de sa personne une visite sur les locaux calcinés de la Convergence Démocratique), mais pour retomber sur leurs deux pieds : en dehors des négociations, point de salut ! En effet, c'est apparemment le dernier fil que croit détenir encore l'international s'il ne veut pas assister impuissant au plongeon définitif d'Haïti au cœur du volcan [...]

 

Après la destruction du QG de la Convergence au Pont Morin, et des sièges des principaux partis membres de cette coalition (ce sont à Port-au-Prince OPL, KONAKOM, KID et ALAH ; aux Gonaïves, MOCHRENAH), suivie de l'incendie des résidences de plusieurs de ces leaders, dont les professeurs Gérard Pierre-Charles et Victor Benoit ainsi que des représentants régionaux de Convergence un peu partout dans le pays, tout cela entrepris simultanément et dans un apparent mouvement d'ensemble, la colère du porte-parole Paul Denis peut se passer de tout commentaire: " Après ces événements, nous nous demandons ce qui peut être encore négocié!"

 

Pour Evans Paul, il s'agit d'une " mascarade " et la stratégie de Lavalas aujourd'hui est de "détruire le pays. " L'ambassadeur Brian Dean Curran, présent sur les lieux, a qualifié de regrettable le fait que la police ne soit pas intervenue pour empêcher ces débordements des partisans Lavalas. Mais tout en condamnant avec force les incendies de locaux et de domiciles des chefs de l'opposition, c'est en même temps pour indiquer qu'il revient à chaque haïtien, et notamment au président Jean-Bertrand Aristide, de chercher à rétablir la paix et la confiance nécessaires pour la reprise des négociations en vue de trouver une solution à la crise politique.

 

La mobilisation a changé de camp

De son côté, le pouvoir Lavalas a battu son propre record : c'est depuis longtemps la première semaine qu'il n'aura prononcé, en bien ou en mal, le mot de Négociations. Il y a une semaine, c'est Convergence qui avait le vent en poupe, bien décidée à mettre les négociations en veilleuse afin de profiter du passage à la vitesse supérieure que semblait avoir pris la mobilisation anti-gouvernementale à la faveur des tumultueuses funérailles à Petit-Goâve du journaliste Brignol Lindor assassiné par une foule pro-Lavalas avide de revanche.

Soudain la situation s'est totalement renversée. La mobilisation est passée dans le camp Lavalas depuis la tentative de putsch du 17 Décembre. Les forces de sécurité sont lancées dans une chasse à l'homme à travers tout le pays pour retrouver auteurs, commanditaires et complices.

Alors que l'opposition continue de dénoncer ce qu'elle appelle une " mise en scène ", justement coup de théâtre ! La Police Nationale présente à la presse l'un des envahisseurs du Palais National, un ex-soldat nommé Pierre Richardson, capturé alors que le commando faisait voile vers la frontière haïtiano-dominicaine. Ce Richardson fit des aveux publics. Oui, il faisait partie du groupe qui a pris d'assaut le palais présidentiel dans la nuit du 16 au 17 Décembre. Oui, leur intention était de faire un coup d'Etat. Au profit de qui, il n'en sait rien. Il n'a fait qu'obéir aux ordres, en bon soldat qu'il demeure. Mais il n'en a pas moins révélé de qui il recevait ses ordres. De l'ex-commissaire Guy Philippe (il ne l'a jamais rencontré mais c'est au nom de Guy Philippe que l'opération a été mise au point, dit Richardson). 

A la tête du commando se trouvait un ex-capitaine des Forces armées d'Haïti (dissoutes), Ernst Ravix. Enfin, au niveau de la stratégie, l'ex-soldat a indiqué qu'ils devaient recevoir du renfort ("back-up") sur place d'un groupe sous les ordres de l'ex-colonel Guy François, ancien commandant des Casernes Dessalines, bataillon d'élite des ex-Forces armées d'Haïti. Voyant que ce dernier ne se manifestait pas, Ravix a sonné alors la retraite. Le commando est parti du Palais National, laissant un mort, qui sera identifié comme Chavré Milot, qui se faisait appeler aussi " Perez ", lui aussi un ex-militaire haïtien. Guy François a été arrêté mercredi soir dans la capitale haïtienne. Il conduisait, selon le porte-parole de la police, un véhicule immatriculé en République Dominicaine.

Guy Philippe en instance de déportation...

D'autre part, on apprenait aussi l'arrestation de l'ex-commissaire Guy Philippe en Equateur où il vivait en exil depuis sa fuite d'Haïti au lendemain des élections législatives du 21 Mai 2000, qui sont officiellement à l'origine de la crise politique qui fait rage dans le pays. Selon une dépêche de Reuters, Guy Philippe a été arrêté à l'aéroport de Quito (de source gouvernementale haïtienne, on affirme qu'il rentrait de République Dominicaine où il se serait trouvé le dimanche 16 Décembre, ce qu'il a démenti).

 

Selon le ministre des affaires étrangères équatorien, Jaime Marchan, l'ex-officier de police haïtien a été arrêté sur une requête du gouvernement haïtien. " Il a été détenu par les autorités de l'immigration. Nous allons le déporter aussitôt que possible " a déclaré le chancelier équatorien.

Guy Philippe serait déporté vers le Panama, le dernier pays qu'il a touché avant d'arriver en Equateur. Son visa de séjour dans ce pays, où il résidait sous un statut d'investisseur, a été révoqué.

 

A été également appréhendé par les autorités équatoriennes, l'ex-commissaire Jean-Jacques Nau qui se trouvait en compagnie de Guy Philippe. Nau se trouverait en résidence surveillée.

L'ex-soldat Pierre Richardson a mentionné également, lors de cette conférence de presse dans les locaux de la police, les noms de Nau et d'un autre ex-commissaire nommé Gilbert Dragon.

Jusqu'en fin de semaine, l'opposition qui maintient qu'on se trouve en face d'une grande machination du pouvoir Lavalas, n'avait encore aucun commentaire à propos des déclarations de Pierre Richardson.

 

Selon certaines sources, la police n'a pas encore dévoilé toutes ses cartes. Ainsi les deux véhicules pick up dans lesquels se déplaçait le commando auraient été retrouvés. Ils ont été loués d'une firme de location de la place dont le nom n'a pas été divulgué, pour éviter des actes de représailles, a souligné le porte-parole de la police Jean Dady Siméon.

"Milice" Lavalas versus ex-militaires

A travers tous ces événements, un fait nouveau est apparu. Des centaines de jeunes civils armés qui sont descendus dans les rues de la capitale le lundi 17 Décembre pour prêter main forte au pouvoir Lavalas contre l'envahisseur putschiste... Ils ne sont pas seulement armés de machettes, de barres de fer, mais beaucoup brandissent également des armes à feu, dont on nous dit que certaines sont de fabrication artisanale (" armes créoles ").

C'est là un nouveau facteur sur l'échiquier politique. On sait que ces petits groupes existent depuis longtemps, au moins depuis le retour d'exil du président Aristide, qu'on les appelle indifféremment " armée rouge " ou " chimè ", mais c'est la première fois qu'ils se montrent à visage découvert.  Désormais il faudra donc compter, en cas de mise en péril du pouvoir Lavalas, avec cette sorte de milice armée... Interdite par la Constitution de 1987, nous rappelle à juste titre une note de presse de l'Initiative de la Société civile, un groupe de pression peu suspect de sympathie envers Lavalas.

Mais, vous dira le jeune militant Lavalas, que faites vous des ex-militaires qui ont défilé l'an dernier dans les rues de la capitale en se proclamant en " condition D " ou état d'alerte maximum contre le pouvoir, que sont-ils eux aussi sinon une milice armée ?... Ces jeunes brandissant toutes sortes d'armements hétéroclites sont supposés constituer aujourd'hui le bras armé du mouvement Lavalas... Cependant ils n'eurent pas à intervenir le lundi 17 Décembre, les unités spécialisées de la Police Nationale d'Haïti s'étant acquittées de leur tâche " avec honneur " (dixit le président Aristide, qui n'a bien sûr pas tari non plus d'éloges pour la vigilance de la population, entendez le Lavalas).

On en a vu arriver figurez-vous au haut d'un tracteur, leurs armes pointées en avant, dans une attitude à la fois de défi et bon enfant, éveillant plus d'amusement chez le spectateur que de crainte. Du moins, jusqu'à présent... Mais c'est le même tracteur qui fait sauter le mur d'enceinte d'un siège de parti politique, livrant ce dernier aux incendiaires et aux déchouqueurs qui ont vite fait de piller les locaux avant même que les flammes n'aient achevé leur œuvre.

Les leçons du coup d'Etat de septembre 1991

Ce 17 Décembre, Lavalas a voulu montrer qu'il a retenu quelques leçons du coup d'Etat de septembre 1991 qui avait fait quelque 4.000 morts dans la population civile.

En première rangée, il y a les forces de sécurité régulières (aujourd'hui les Swat Team), mais celles-ci sont serrées de près par ces centaines de jeunes lavalassiens en armes et fanatisés à blanc... Tandis que toutes les artères principales sont bloquées par des montagnes de barricades crachant des flammes hautes comme des gratte ciel.

 

Une différence avec les " Tontons Macoutes " de Duvalier, les nouveaux civils en armes n'en veulent qu'aux ennemis de Lavalas et non à toute la population. La tentative du 17 Décembre est un coup monté par des anciens militaires frustrés et des ex-commissaires de police fugitifs, selon l'ex-soldat Pierre Richardson. Ensuite, inutile de dire que, du fait aussi que ce bras de fer politique dure depuis si longtemps, la coalition Convergence n'est pas considérée comme une simple opposition dans ces milieux Lavalas de base, mais comme un ennemi irréductible...

Cependant aucune autre propriété appartenant à un particulier quelconque n'a été touchée au cours de ces débordements... Dès le lendemain, mardi 18 Décembre, toutes les activités privées et publiques reprenaient à la capitale, comme si de rien n'était.

L'international prudent dans ses réactions

Dès lors, voici les deux " armées " dressées face à face : d'un côté, la menace des anciens militaires préparant des invasions successives de l'autre côté de la frontière qu'ils repassent ensuite une fois terminée leur opération en territoire haïtien (les envahisseurs du 28 Juillet dernier à l'Académie de police de Frères, qui ont tué 5 policiers, ont reçu récemment l'asile politique de la part des autorités dominicaines) ; pourquoi sans doute 4 des envahisseurs blessés lundi par la police au moment de traverser la frontière, ont été achevés à coups de machettes par des paysans sans aucune autre forme de procès ; et de l'autre côté, le peuple Lavalas en armes.

 

Dès lors aussi, on comprend que l'international ne veuille pas lâcher le dernier et seul recours que représente la Négociation pour éviter le grand saut final dans le néant et dans l'enfer...

Et aussi que l'international se soit montré aussi prudent dans ses réactions... Condamnant la tentative de coup d'une main ; de l'autre admonestant le Lavalas pour avoir eu la main aussi lourde contre ses rivaux de l'opposition... Dès lors aussi, Paix sur la terre, mais aux hommes vraiment de bonne volonté !

 

da Haïti en Marche -   Port-au-Prince, 22 dicembre 2001

Tolleranza zero: gli assassini di Stato

 

Nel mese di ottobre il presidente Aristide, commentando che quando un criminale è colto in fragranza di reato "non è necessario portarlo in tribunale per giudicarlo", ha esortato le forze dell'ordine ad applicare "tolleranza zero" nella lotta contro il crimine, compresi gli episodi di piccola criminalità alimentati dalla situazione di miseria e caos sociale in cui da anni si trova il paese.

I risultati dell'appello non si sono fatti attendere e una nuova forma di violenza "legalizzata", o meglio di veri e propri "omicidi di Stato", si è aggiunta alla già alta dose di violenza endemica che caratterizza la vita della popolazione del paese più povero dell'emisfero occidentale. 

La testimonianza che segue è stata resa da un membro della "nuova" polizia haitiana, addestrata con il finanziamento e con i metodi di lotta al crimine di Stati Uniti, Francia e Canada.  [m.m.f]

 

"En deux mois, j'ai assisté à l'exécution d'environ cinquante personnes"


Le témoignage, dont nous publions les principaux extraits, a été rédigé en octobre 2001 par un membre de la nouvelle police haïtienne (PNH), affecté dans un commissariat de la capitale, Port-au-Prince. Il a été recueilli par un diplomate - par l'intermédiaire d'un Haïtien, ami de ce policier - qui l'a remis au secrétaire général de l'organisation Reporters sans frontières, Robert Ménard, lors de son séjour en Haïti du 20 au 24 novembre.

 

"Depuis deux jours je respire enfin... 
Pour une fois, on n'a tué personne à Port-au-Prince. Je suis policier. J'ai intégré la nouvelle force de police (PNH) en 1995. Je suis de la troisième promotion. Je ne suis plus fier d'être policier, je me demande souvent ce que je fais encore dans cette institution... Mais je suis pris au piège. Je suis actuellement affecté à une brigade spéciale de mon commissariat. Il s'agit de l'un des cinq commissariats communaux de la zone métropolitaine de Port-au-Prince.


"Depuis le lancement du mot d'ordre "Zéro tolérance" par le président de la République, Jean-Bertrand Aristide, je vis un cauchemar. Le 24 juin, je me rendais au commissariat pour prendre mon service (de 18 heures, jusqu'au lendemain 6 heures). En arrivant je suis sorti dans la rue avec un groupe de cinq autres policiers, pour patrouiller dans l'un des secteurs assignés. Comme d'habitude, nous avons effectué principalement des opérations de contrôle et de fouille de véhicules. Vers 23 heures, nous sommes rentrés au commissariat pour une pause.


"Vers minuit, mon chef de groupe nous a convoqués pour sortir à nouveau. Trois individus menottés avaient été placés à bord de notre véhicule, à l'arrière du pick-up. Je faisais partie des trois policiers positionnés pour les surveiller. J'ai demandé à l'un de mes collègues où nous allions et ce que nous allions faire. Il m'a répondu sur. Arrivés dans un quartier désert, le chef de groupe est alors descendu du véhicule et un autre collègue nous a distribué des sacs de plastique noir. Ce même collègue a couvert la tête d'un premier prisonnier qui a commencé à hurler de terreur. Les deux autres ont tenté de se débattre mais ils ont vite compris que cela ne servait à rien. En quelques secondes les trois hommes étaient allongés sur le sol, baignant dans leur sang, ils venaient de recevoir chacun une balle dans la tête. J'ai vomi... J'ai pleuré... L'opération "Zéro tolérance" venait de commencer. Il n'y avait aucun témoin. Nous sommes rentrés calmement au commissariat, sans parler. 

 

"A partir de cette nuit-là ma vie a changé. J'ai passé quelques jours sans pouvoir dormir. Je ne me suis confié à personne. Chaque soir, dans mon commissariat, comme dans les quatre autres de la capitale, nous procédons ainsi à des vagues d'opérations pour neutraliser des individus suspectés d'appartenir à des bandes de malfrats.


"C'est devenu une routine"


"Ils sont arrêtés, généralement détenus pendant quelques heures ; ils ne sont pas mis en garde à vue comme l'exige la procédure, mais enfermés dans un endroit discret. A la nuit, l'une des patrouilles de service se charge de faire le nettoyage. C'est devenu une routine. Je n'ai jamais été contraint d'appuyer moi-même sur la gâchette. Il y a des collègues experts et toujours volontaires pour ce sale boulot. Quand je suis de service la nuit, je trouve le moyen de disparaître quelques instants au moment de la pause qui précède les sorties macabres. Mais, en deux mois, j'ai quand même assisté et donc vu de mes propres yeux l'exécution d'environ cinquante personnes.


"Qui sont ces victimes ? Des suspects, des gens qui n'auraient pas dû se trouver à un endroit donné, dans un moment précis. L'opération ne doit laisser aucune trace... Les victimes sont laissées sur les lieux de leur exécution. Le lendemain, une autre patrouille procède à la levée des corps.

 

"Il y a quelques mois, les policiers ont été investis de pouvoirs de police judiciaire et on ne s'embarrasse plus de juge de paix pour de tels cas. La PNH procède seule à la levée de corps. Il y a maintenant un formulaire très simple à remplir et nous disposons d'une ambulance affectée à ce seul service. Il est même arrivé que l'ambulance se charge des deux opérations : le transport des victimes vivantes sur le lieu de l'exécution et le transport des corps à la morgue de l'Hôpital général [...].


"Comme presque tous les policiers en Haïti, il est vrai que j'ai été moi-même exaspéré de voir tant de criminels en liberté. Auparavant, nous procédions régulièrement à des arrestations et sous nos yeux, quelques instants après, ils étaient de nouveau dans la nature, libérés par une justice corrompue et/ou avec parfois la complicité de certains policiers. Mais, aujourd'hui, ces exécutions ne résoudront pas le problème.

 

"Toute la société est complice"


"Les citoyens et les dirigeants politiques sont-ils conscients des dangers de telles méthodes ? En fait, toute la société est un peu complice, mais peu de gens imaginent l'ampleur de cette opération. N'importe qui peut en être victime et tout témoin de loin ou de près est généralement éliminé. La communauté internationale et les dirigeants des meilleurs corps de police du monde (Etats-Unis, France, Canada) qui ont investi tant d'argent et d'énergie dans la nouvelle police haïtienne sont-ils conscients de la catastrophe actuelle ? Après tout ce que j'ai vu, comment vais-je pouvoir transmettre à ma fille des principes de justice et de respect d'autrui ?

 

"Aujourd'hui je suis pris au piège : je ne peux pas facilement laisser la police ; il y a beaucoup de bandits qui me connaissent. Je crains aussi certains de mes collègues et certains supérieurs. je ne peux pas non plus facilement dénoncer se qui se passe. Oui j'ai peur, mais tout cela ne peut 
plus durer..."


da Le Monde - Parigi, 18 dicembre 2001

Viol du local de la Kid

 

Testo del documento giunto alla nostra redazione da parte del coordinatore dell’Opl, uno dei quindici partiti che compongono la Convergence Démocratique, uno dei raggruppamenti dell’opposizione haitiana.

 

L'OPL  condamne  le viol du local de la KID et réclame  la libération immédiate des militants arrêtés. La perquisition du local de la KID par  la Police  constitue un nouvel acte de répression contre l'opposition  et un pas  significativement dangereux d'une escalade d'actions   d'intimidation et de violation des droits  humains, déclenchée à l'occasion de ce soi-disant tentative de coup d Etat du  28 juillet. Elle fait suite aux arrestations massives opérées dans le Plateau Central , à l'assassinat de Wilner Jean Louis  à Hinche, à l'incendie du bureau d'assistance légale du Mouvement Paysan de Papaye, à la détention illégale et prolongée de plusieurs sympathisants de la Convergence et d'anciens militaires, déférés comme prévenus  accusés de " complot contre la sûreté de l'Etat et assassinat de 5 policiers ".

Cette escalade se prolonge  par la persécution de centaines de militants nan mawon " convertis en des exilés internes ; par les descentes de lieux de civils armés  dans les locaux de  centrales syndicales indépendantes  et dans certains quartiers populaires  pour terroriser la population;  par les montages grossiers des autorités annonçant des découvertes d'armes par ci par la  ainsi que  par les récentes convocations pseudo légales et des  pressions diverses  des autorités judiciaires ou municipales contre des  avocats, des journalistes  et des militants

La Coordination Nationale de l'OPL  condamne le viol du  local de la KID , Parti frère intégré la Convergence Démocratique ainsi que l'arrestation arbitraire de ses militants dont elle  exige la

libération immédiate.

La Coordination  Nationale en renouvelant sa solidarité aux dirigeants et militants du KID et de l'Espace de Concertation,  souligne le fait que les méthodes  antidémocratiques utilisées par le pouvoir en chacun de ces scénarios  répressifs  reflètent la marche  d'une entreprise de persécution, de mystification par le mensonge et la calomnie contre l'opposition, de négation des droits civils et politiques du peuple, de mise en place, en définitive, d'un pouvoir totalitaire qui  menace tous les citoyens et compromet l'intégrité de la nation.

 

Gérard Pierre-Charles

Coordonateur Général de l'OPL

Port-au-Prince,  23 agosto 2001

L'opération au camp des Swat - 
ou comment faire monter la pression! 

 

C'est simple. La seule unité de défense en cas d'un grand coup, ce sont les Swat team. Si on prend ceux-ci en otage, c'est la république qu'on tient. C'était peut-être l'intention des assaillants qui se sont rendus maîtres samedi matin de l'Académie de Police de Port-au-Prince où est basée cette unité d'élite des forces de sécurité. Cependant quelque 3 heures plus tard, les agresseurs en treillis de camouflage se sont volontairement retirés. Le bilan est de 3 morts dans les rangs des forces policières : ce sont le commissaire Jean Eddy Cantave, administrateur à l'école de formation de la police; 1 membre des Swat, Louis-James Gasmard et 1 jeune cadet Michel Milfeuille. On a relevé également une dizaine de blessés, dont un autre membre des Swat team, Jean-Claude Florentin, qui a reçu trois balles. Le commando de 6 à 8 hommes a envahi l'immense propriété boisée située dans le quartier de Frères, près de Pétionville, faubourg résidentiel de la capitale dans la nuit du vendredi 27 au samedi 28 juillet. Apparemment ils n'ont 
rencontré aucune résistance sur leur chemin pour parvenir jusqu'à une cour intérieure très au fond de la propriété, où se trouvent les bâtiments abritant les Swat ainsi que les cadets ou futurs policiers. 

Pas une sentinelle pour donner l'alerte, pas une guérite, pas un obstacle. Les assaillants sont apparemment entrés comme dans un moulin ... Ils se sont saisis de la personne du commissaire Eddy Cantave, leur première victime. Un assassinat crapuleux. Ils ont attaché le commissaire avec des cordes et l'ont conduit au poste de garde où le policier de service était Louis-James Gasmard. A celui-ci ils ont lancé: "Voici un voleur que nous venons d'attrapper." Avant que Gasmard ait pu réagir, il était abattu d'une balle en plein front. Puis ce fut le tour du commissaire Eddy Cantave, qui a été tué également à bout portant, une balle derrière l'oreille. Les deux corps, le crâne écrabouillé, ensanglanté et déformé, n'étaient pas dans un état pour les laisser voir par la presse. Les dortoirs furent arrosés de rafales d'armes automatiques tirées à hauteur d'homme; les Swat team, des garçons au physique impressionnant, n'eurent que le temps de se jeter tous hors de leur lit; plusieurs d'entre eux furent légèrement blessés. Mais l'un d'eux que les assaillants rencontrèrent sur leur chemin, Jean Claude Florentin, reçut trois balles. 
 
Un autre commando faisait irruption dans les mêmes petites heures de l'aube au commissariat de police de Pétionville, en tirant de lourdes rafales qui ont laissé de nombreux impacts sur le bâtiment. Les agresseurs ont envahi le commissariat; enlevé tous les fusils Galil et autres armes importantes. Brandissant un mégaphone, ils ont invité les prisonniers à crier "vive l'armée d'Haïti." Cependant ils sont partis sans faire aucune victime, laissant sur place un 4x4 immatriculé comme Taxi dans lequel ils étaient venus. 
Ainsi Port-au-Prince a connu samedi un réveil en trompette. Mais en dehors des informations qui ont crépité aussitôt sur toutes les radios de la capitale (qui en compte plusieurs dizaines, dont les reporters ont immédiatement gagné les rues), la ville ne présentait aucun changement particulier et au centre-ville les gens dès le lever du jour vaquaient normalement à leurs occupations. Les rafales d'armes automatiques qui ont arraché brutalement de leur sommeil les résidents de Frères et de Pétionville, n'avaient aucun écho à Port-au-Prince. 
D'autant plus qu'on apprenait avant même la fin du journal parlé de 7 à 8 heures AM, que l'attaque au camp des Swat team était terminée. Les agresseurs se sont retirés pratiquement comme ils étaient venus ... Des véhicules les attendaient; ils sont partis ni vus ni connus [...] 

Premier point à signaler :  La facilité avec laquelle ont eu lieu ces opérations ... Comme on a vu plus haut, les attaquants n'ont pas rencontré la moindre résistance. Or il s'agit de l'unité d'élite des forces haïtiennes de sécurité. Cependant, a-t-onappris sur place, les membres des Swat team sont dépossédés de leurs armes lourdes une fois qu'ils rentrent de mission à l'extérieur. Au moment de l'attaque samedi, ils étaient enfermés dans leurs dortoirs, désarmés, et sous le feu nourri d'un adversaire inconnu. Mais, plus encore, comment peut-on laisser dans un tel état de vulnérabilité, sans aucune protection évidente, un camp qui abrite l'unité majeure de défense du territoire? A partir du moment que les Swat team sont désarmés, il va de soi que la sécurité de leur camp devrait être encore plus renforcée!!! Ce n'est pas le cas. Les assaillants ont pu parvenir jusqu'au fond de la propriété où se trouve un complexe de bâtiments préfabriqués (bureaux et dortoirs) avant que le premier coup de feu ait retenti. Ensuite sous des tirs intenses, et vu aussi la cruauté avec laquelle ils ont exécuté leurs trois premiers meurtres, ils ont pu tenir tout le camp en otage pendant près de trois à quatre heures. 

Les armes ont chanté pendant tout ce temps là, ce n'est que vers 7 heures qu'un mouvement d'autres unités policières a été remarquée comme si une contre-attaque était en train de se préparer. Peu après les autorités policières reprenaient possession de l'Académie de Police. Mais il n'y a pas eu d'affrontement. Les agresseurs s'étaient tout simplement évanouis dans la nature. Ils auraient pris la direction de Fort Jacques, dans les montagnes environnantes. L'attaque a fait trois morts et quatre blessés. Un des attaquants aurait également été blessé. On nous a dit qu'ils auraient également abandonné sur place une partie de leur armement, dont un lance-roquettes. Mais il n'a pas été possible de le confirmer. Samedi les autorités policières étaient plutôt avares de renseignements. Un hélicoptère de la Police Nationale survolait la capitale en direction du nord. On apprendra peu après que le commissariat de police de Mirebalais a été également investi. Bilan : un policier tué, le responsable des relations publiques. Trois autres sont emmenés en otage. Puis ce fut au tour de Belladères. 
Les commandos prenaient de toute évidence la direction de la frontière haïtiano-dominicaine, par où ils étaient probablement venus. Dans la bonne tradition des coups de main en Haïti, qui partent presque toujours de la frontière terrestre entre les deux pays [...] 

2) Second point à signaler ... Les agresseurs sont partis sans avoir réalisé aucun objectif clair. 
Ils ont perpétré trois meurtres crapuleux au camp des Swat team, et un autre au commissariat de Mirebalais. Cependant ils auraient pu faire un massacre, si telle avait été leur intention. Une simple grenade lancée au dortoir des Swat, dont ils ont fait sauter toutes les fenêtres sous leurs balles. Selon d'autres, leur principal objectif était le bunker. On entend par là le principal dépôt d'armes de la police nationale d'Haïti qui se trouverait sur les lieux. De toute évidence, ils n'ont pas pu y parvenir. Les spéculations allant bon train, y compris dans le petit monde des reporters qui se bousculaient à présent à l'intérieur de l'académie de Frères attendant l'embarquement dans l'ambulance des trois corps suppliciés - certains soulignaient que c'était peut-être là une opération de diversion pendant qu'un plus gros coup devait se réaliser ailleurs. D'autres relevaient que ce sont différents commandos qui frappaient en même temps, dans une sorte de tactique de guérilla. Enfin, que l'opération de Frères pourrait être coordonnée avec des attaques semblables en d'autres points du territoire. Mais la réponse attendue ne serait pas venue, d'où la fuite dans la montagne du commando ... Enfin pour certains de l'opposition, si opération diversion il y a, c'est du côté de Lavalas qu'il faudrait plutôt regarder. Evidemment si le coup avait réussi, ceux-là auraient dit le contraire [...]


3) Et si l'objectif était tout autre ... Personne n'a encore été en mesure d'apporter des preuves palpables, mais tous vous diront que ce sont des ex-militaires duvaliéristes et putschistes qui ont fait le coup. Celui-ci ne survient-il pas la veille du 29 juillet, la fête des "macoutes" sous le régime Duvalier. Leur objectif aurait pu être de rappeler que le militarisme macoute est encore fort. Le 28 juillet est aussi l'anniversaire de la première intervention américaine en Haïti (1915-1934). Mais si l'on plaçait ces événements dans un contexte plus large. Alors l'éclairage serait tout autre. C'est l'interprétation à laquelle beaucoup ont abouti, même sans pouvoir le prouver ... Les négociations politiques entre le pouvoir Lavalas et l'opposition (Convergence Démocratique) ouvertement soutenue par de puissantes chancelleries étrangères, sont bloquées depuis trois semaines. Alors même que les deux parties auraient été sur le point de trouver un premier accord (il ne restait plus qu'à choisir dans un rayon de trois à quatre mois quand avoir des élections), eh bien les médiateurs internationaux ont décidé qu'ils avaient eu leur compte et ont laissé le pays. 

 

Entre-temps, aussi bien le parti au pouvoir, Fanmi Lavalas, que les porte-parole de Convergence répètent à qui veut l'entendre qu'ils sont prêts à revenir à la table de négociations. 
Mais selon des sources bien renseignées, il y aurait anguille sous roche. Le retard que mettent à revenir les médiateurs de l'Organisation des Etats Américains (OEA) ne serait pas dû au hasard. Certains "amis" d'Haïti voudraient d'abord imposer "leurs" conditions dans les coulisses, avant que les deux parties ne puissent arriver à aucun compromis que ce soit. C'est plus qu'évident [...]

Pour les officiels gouvernementaux, les assauts de samedi visent à détruire le climat de sécurité difficilement restauré depuis quelque temps, après plusieurs années d'insécurité et de violence qui ont tant fait souffrir le pays. Sur ce, aux aéroports de New York et de Miami, les passagers haïtiens se battent littéralement pour un vol à destination d'Haïti, où c'est actuellement la saison des fêtes patronales très prisées par nos compatriotes en diaspora. Mais aussi bizarrement que cela puisse paraitre, c'est aussi le moment que choisit le Wall Street Journal (relayé par un confrère de New York) pour écrire que la violence en Haïti est telle aujourd'hui que même les trafiquants de drogue ont décidé de fuir ce pays ... Est-ce seulement de l'humour? Ou un avertissement ... Dans la même ligne que Georges A. Fauriol (les "Prochains Quatre Vingt Dix Jours"!!!). Ce plumitif, qui a pignon sur rue dans la droite conservatrice de retour sur la scène politique à Washington, et qui prête aussi ses services à certains secteurs de l'opposition haïtienne, multiplie les appels à l'administration Bush pour prendre une solution plus radicale dans la crise haïtienne. 

En tout cas, depuis trois semaines, la situation politique est mise en veilleuse ... Le président Jean-Bertrand Aristide a accompli entre-temps une visite officielle d'une semaine à La Havane. Des perspectives encore plus intéressantes se dessinent dans la coopération entre les deux pays (santé, agriculture, sports, tourisme etc). 
Du côté de Convergence, on constate une attitude low key depuis le dernier arrêt des négociations. La semaine dernière a été marquée par l'annonce de la démission d'un dirigeant du MOCHRENA (parti membre de la coalition). Il s'agit de Ernst Colon, ex-porte-parole de Convergence. Colon part du MOCHRENA, en accusant son secrétaire général, le Pasteur Luc Mésadieu, de diriger la formation politique comme son bien propre, sinon comme un cadeau du ciel, mais l'ancien porte-parole n'en reste pas moins dans Convergence. Ce qui porte à croire qu'il y aurait en ce moment une sorte de mini-crise au sein de cette coalition de 14 à 15 partis politiques, un rassemblement qui doit aussi son existence au soutien très marqué de certains milieux républicains de Washington, qui gravitent actuellement dans le giron de la Maison Blanche. Convergence serait-elle rongée par des divergences? De bonne source, une délégation de haut niveau de cette coalition doit séjourner ce lundi à Washington. 

C'est sur ces entrefaites que surviennent les événements de samedi ... On s'est souvent imaginé un troisième larron qui surgirait des dissensions mêmes qui font rage depuis si longtemps sur la scène politique haïtienne, et qui viendrait mettre les deux plaideurs d'accord etc, etc. 
Ou s'agit-il plus simplement de faire monter les enchères? Si l'opération contre le camp des Swat team a révélé quelque chose, c'est l'extrême vulnérabilité du système de sécurité du pouvoir en place ... Histoire de montrer à Aristide qu'il ne possède pas toutes les cartes ... Avant de revenir à la table des négociations. Comme Henry Kissinger faisait bombarder violemment Hanoi par son cher ami Nixon, avant de retrouver son vis-à-vis vietnamien autour du tapis vert [...]

da Haïti en Marche - Port-au-Prince, 29 luglio 2001 

La crise haïtienne: quelle sortie?

par Jacky Dahomay

 

 

Dahomay è membro dell''Organisation Populaire en Lutte (Opl), uno tra i più autorevoli partiti dell'opposizione haitiana. L'Opl nasce da una scissione del Movimento Lavalas del presidente Aristide, di cui viene criticata la gestione personalistica della politica, con l'obiettivo di democratizzare la vita politica del paese favorendo il confronto sia in campo ideologico che nella gestione amministrativa dello Stato, paralizzato da vuoti di potere e collusioni con gli interessi delle élites economiche. Le divergenze tra Opl e Fanmi Lavalas, anch'esso formatosi a seguito della scissione in seno al Movimento Lavalas e che raggruppa i sostenitori di Aristide, si sono radicalizzate fino a giungere a una situazione di duro scontro, alimentato e perseguito da Fanmi Lavalas nei confronti di tutta l'opposizione. [m.m.f]

 

Il importerait, sans nul doute, de préciser ce qu'on entend par la crise politique haïtienne. Car il semble que beaucoup d'acteurs haïtiens tout comme des acteurs internationaux comme l'OEA, ne sont pas très clairs à ce sujet. Le conflit est souvent ramené à une opposition politicienne divisant lavalassiens d'un côté et partis regroupés au sein de la Convergence, de l'autre. Un tel conflit est donc souvent interprété en termes de mauvaise volonté manifestée de part et d'autre. La confusion régnante quant à la détermination de la nature de la crise est l'un des obstacles majeurs à toute sortie de crise.

 

On ne peut non plus raisonnablement penser qu'il s'agit là d'une crise de "gouvernabilité". Il est vrai que l'Etat haïtien est dans l'incapacité actuelle de gouverner le pays avec un minimum d'efficacité. On ne cesse de déplorer la dégradation de la situation économique et sociale, de dénoncer le climat d'insécurité, de corruption généralisée et de subir les conséquences d'une mauvaise gestion des services publics (Téléco, EDH etc..). Sans donc nier l'incurie actuelle du gouvernement haïtien, la problème est autre, plus profond.

 

Haïti vit en  ce moment une crise grave touchant la légitimité de l'autorité politique et l'histoire nous a appris que lorsqu'une société vit ce genre de choses, elle est  au bord d'une implosion tragique. Les amis d'Haïti et la communauté internationale laisseront-ils la catastrophe advenir ? Car il y a crise parce que la règle démocratique n'a pas été respectée. Puisque le droit a été bafoué, l'Etat n'est plus un Etat de droit. Qui peut honnêtement nier que les précédentes élections de l'année 2000 aient été précédées d'un climat de terreur, d'assassinats politiques, d'intimidations de journalistes, d'interventions inacceptables, dans la rue, de groupes de pression violents (Chimè) ? Peut-on en toute sincérité refuser de reconnaître que l'assassinat de Jean Dominique est, jusqu'à ce jour, resté dans l'impunité et que des proches du parti de J.B. Aristide sont suspectés d'avoir participé au meurtre du célèbre journaliste dont les propos eussent été dérangeants en période électorale. Enfin, les organisations internationales elles-mêmes reconnaissent qu'il y eu fraude massive et que le Président du CEP a dû fuir le pays car sa vie était menacée, encore une fois par des proches du leader lavalassien ? Tout cela, c'est la vérité crue et nue ! L'origine de la crise est là et le Pouvoir issu d'un tel processus fondamentalement antidémocratique ne peut être en aucun cas un pouvoir légitime.

 

Si cela est une vérité incontestable, la seule sortie de crise possible doit partir de là; elle doit viser à refaire ce qui a été mal fait, à reproduire un processus authentiquement démocratique ayant pour but de légitimer durablement l'autorité politique. Or, c'est précisément cela que certains, dont la mauvaise foi est évidente, nomment l'option zéro. Essayons de comprendre, encore une fois, les arguments de ces derniers, lesquels refusent ce qui est pourtant une évidence. certains, dont la mauvaise foi est évidente, nomment l'option zéro. Essayons de comprendre, encore une fois, les arguments de ces derniers, lesquels refusent ce qui est pourtant une évidence.

 

Leurs arguments se résument en deux points essentiels mais qui impliquent d'autres réquisits comme nous le verrons plus loin: 1)la légitimité d'Aristide est incontestable, en dehors même de tout processus électoral et 2)les partis de la Convergence   sont  tout aussi pourris et n'ont aucune base populaire.

 

Le premier argument  est inacceptable pour quiconque prétend être démocrate. Dans n'importe qu'elle société démocratique, la popularité d'un leader  ne suffit  à lui conférer de la légitimité politique. La chose n'est possible que lorsqu'un leader incontesté prend la direction d'un mouvement de libération dans un Etat de dictature ou dans un pays  colonisé, quand les conditions légales d'un processus démocratique n'existent pas. Or, ce n'est pas le cas ici. Seules donc des élections libres et honnêtes pouvaient conférer de la légitimité  aux parlementaires lavalassiens actuellement contestés et à  J.B. Aristide, président lui aussi contesté.  La chose est d'autant plus étrange qu'en règle générale, lorsqu'un candidat est sûr de remporter massivement des élections, il se bat  pour que de telles élections soient le plus honnêtes possible.

 

Le deuxième argument est tout aussi irrecevable. Que des partis soient nuls ou qu'ils manquent d'assise populaire ne les interdit pas de participer aux élections. Les lavalassiens, en toute mauvaise foi,  font comme s'il s'agit de choisir entre, d'une part, les options politiques de tel ou tel parti de la Convergence et celles du mouvement Lavalas d'autre prart. Je dois personnellement avouer que, bien que n'étant pas haïtien, aucun parti de ladite convergence ne produit chez moi le moindre enthousiasme politique. De l'autre côté, le mouvement Lavalas m'apparaît  comme un mouvement populiste néo-fascisant. Doit-on donc conclure: "Tous pourris" ? Rappelons simplement ce que disait le célèbre philosophe kant: "même un peuple de démons a besoin de règles". Je veux dire par là que, quelles que soient les options ou les différences opposant tous ces partis politiques (lavalas  compris), aucun d'entre eux ne peut prétendre à une légitimité sans passer par la régle. Mais n'est-ce pas là la nature d'un régime démocratique ? Ce n'est pas le charisme d'un leader qui légitime son pouvoir politique ; c' est le processus démocratique qui valide son charisme. En réalité, le conflit opposant Lavalas et Convergence sont paradoxalemment l'expression d'une authentique transition démocratique. Il signifie à coup sûr une maturation de l'opinion publique haïtienne. Mais à condition de le saisir  comme une exigence incontournable de la règle et du droit.

 

Si la réfutation de ces deux arguments ne suffit pas à satisfaire les Lavalassiens, c'est que leur vision de la politique est tout sauf démocratique et c'est là que nous abordons les réquisits dont nous parlions plus haut. Au fond, l'essentiel des militants lavalassiens se moquent de la démocratie mais il faut tout de même distinguer en leur sein  deux tendances qui iront vers l'affrontement:

 

1-  la première s'oppose aux principes démocratiques parce qu'elle représente les forces mafieuses les plus pourries du mouvement lavalas.  Or, il est de l'essence même de toute Mafia de s'opposer au Droit. En régime mafieux, les juges sont soient vendus, soient, s'ils sont honnêtes, des morts en puissance. R. Préval et J.B. Aristide et d'autres responsables de Lavalas savent bien qu'il y aurait beaucoup à redire sur la gestion et l'utilisation des fonds publics. D'où leur hostilité à toute transparence parlementaire. De devoir rendre des comptes à l'opinion publique, à la nation, leur est insupportable. Il serait intéressant, en l'occurrence, de savoir comment le petit prêtre des bidonvilles de Port-au-Prince est devenu aujourd'hui une homme riche et puissant !  

2-  la deuxième tendance du mouvement lavalas, la moins pourrie -si on peut s'exprimer ainsi- s'oppose à la démocratie pour des raisons idéologiques. Issue de la problématique marxiste-léniniste, elle considère que les élections, selon la célèbre expression de Lénine, sont des "pièges à cons". Et, qu'au fond, la démocratie c'est bon pour les pays riches, d'une autre tradition culturelle. La démocratie est  ici pensée comme un enseemble de règles  visant à masquer la lutte de classes et la  domination de la bourgeoisie. Dans ce cas, seuls comptent la ruse et les rapports de force. Tel est leur cynisme: on se dit démocrate car on ne peut faire autrement mais on développe souterrainement toutes sortes de pratiques antidémocratiques. L'assassinat d'un opposant  est donc un moindre mal, un mal pour un bien, un Négatif qui travaille pour le Positif selon  la triste logique dialectique. Les plus "éclairés" d'entre eux pensent que, compte tenu de la réalité haïtienne et de son histoire, un passage par une forme de dictature du peuple exercée par un leader charismatique, est nécessaire même temporairement pour l'évolution positive du pays.                                                                                                               

 

Mais tous ces arguments ne peuvent cacher le fait que le mouvement Lavalas est perdant à court ou moyen terme. Pourquoi ? Parce que si durant deux siècles, le pouvoir en Haïti a pu s'exercer de façon autoritaire, antidémocratique, c'est que cela correspondait à un certain état de l'opinion haïtienne. Celle-ci en effet, était peu ouverte à l'option démocratique et on trouvait plus ou moins normal que le pouvoir ne s'exerçât point par la loi et fût donc arbitraire. Ce qui a donc changé, c'est l'expérience haïtienne. Cette dernière s'est ouverte à une dimension mondiale, résultat sans doute de l'émigration massive mais aussi de l'évolution d'une opinion publique internationale qui ne peut être réduite à la logique des Etats ou des puissances planétaires. Aujourd'hui, l'expérience des peuples ne peut plus se ramener aux frontières d'un Etat national. Ainsi, l'idéal démocratique, même balbutiant, né en Haïti à la fin du  régime de J.C.  Duvalier, ne peut plus être tari. La démocratie n'est pas forcément le triomphe de la logique capitaliste ultra-libérale. Elle peut permettre aussi un redéploiement de la lutte des classes. La démocratie n'est pas la fin de toute exploitation mais l'élaboration de règles déterminant la vie sociale à nouveaux frais et permettant que la question de la justice sociale soit posée autrement que  selon le modèle de la dictature du prolétariat ayant échoué ailleurs. Cette logique démocratique   est certainement inévitable dans le cas d'Haïti. J.B. Aristide est le symbole vivant de la contradiction entre, d'une part, cet idéal démocratique que le prêtre de Saint-Jean Bosco  a   su utiliser à son profit et, d'autre part, la persistance chez beaucoup de leaders politiques dont Aristide, d'une tradition du pouvoir autoritaire.

 

Ce sont  ces conditions, historiquement nouvelles, qui empêchent les leaders lavalassiens de manifester trop ouvertement leurs ambitions antidémocratiques. Ils sont obligés d'afficher une adhésion aux valeurs démocratiques dans le même temps où ce qui les caractérise, c'est la problématique d'un pouvoir patrimonial, charismatique, arbitraire et au-dessus des lois. Sans cette ouverture d'Haïti sur l'expérience internationale, ces derniers mois eussent été beaucoup plus sanglants et le nombre de morts chez les journalistes, les intellectuels et les opposants politiques, eût été impressionnant. Saluons au passage le rôle héroïque joué par les journalistes haïtiens en cette période ! Il y a de quoi rendre fou l'ex-petit prêtre des bidonvilles ! Car on ne voit guère comment il pourrait se sortir de cette très dure contradiction: donner l'impression qu'on adhère aux principes démocratiques tout en pratiquant une politique autoritaire et néo-duvaliériste ! Quelle que soit la ruse légendaire de JB. Aristide, il est déjà historiquement condamné.

 

Et pourtant, il faudra bien qu'Haïti s'en sorte. Il se pourrait qu'en face, nombre de leaders de la Convergence ne soient pas plus démocrates que JB. Aristide. Mais l'essentiel est qu'il sont tous condamnés à se donner des règles et, de ce point de vue, le parcours de la Convergence est jusqu'ici sans fautes  et certains de ses dirigeants sont prêts à mourir, les armes à la main s'il le faut, pour sauver l'idéal démocratique du peuple haïtien. A l'époque du coup d'Etat de Cédras, certains nous accusaient d'adopter l'option zéro  parce qu'on exigeait purement et simplement le retour du président constitutionnel, JB. Aristide. Aujourd'hui, nous souhaitons tout aussi vivement pour Haïti le retour aux régles  constitutionnelles et à leur éthique authentique. Il y a, il est vrai, une autre possiblité d'accord entre Aristide et ses adversaires. Le Président contesté peut inviter à la table de l'Etat certains de ses opposants à partager le gâteau avec lui: "je te donne un poste ici et tu fermes les  yeux là". Ce genre d'accord sans principes peut convenir à certaines organisations internationales qui se moquent, au fond, du triomphe de la démocratie en Haïti, et ceci est valable, même pour les Républicains américains qui ont soutenu le coup d'Etat de Cédras. Un certain apaisement dans les sphères politiques pourrait en résulter mais la crise perdurerait car elle est, avons-nous dit, crise totale qui secoue la société entière: c'est la défaillance de la légitimité de l'autorité politique. Son absence réelle plonge la société haïtienne dans ce qu'on pourrait appeler "l'état de nature" qui est comme on sait, un état de guerre permanente.

 

La solution alors ?  Il y en a une seule: un nouveau contrat social. Il faut tout rejouer selon les règles constitutionnelles. Tant que les élections ne seront pas refaites, dans un climat social apaisé, avec une justice et une police indépendantes, un CEP vraiment neutre, dans le respect des libertés individuelles et  tout cela, sous contrôle international,  Haïti ne s'en sortira pas. Je crois que la Convergence est d'accord  sur ces principes. Et Aristide et ses partisans alors ? Toute volonté sérieuse de leur part de négocier ne peut s'exprimer que dans le respect de ces principes incontournables. Le reste,  serait du dilatoire ou la logique mortifère de la violence. Le dilatoire aristidien on connaît et personne ne peut plus en être dupe. La violence et le meurtre alors ?   Je crois sincèrement que le peuple haïtien, avec l'aide internationale, pourrait l'empêcher et que la démocratie triomphera, avec ou sans Aristide. De toutes façons, le choix est clair et personne ne peut plus tromper personne:

 

1- ou on pense, de façon tout à fait populiste et antidémocratique, que l'unité de la nation  doit s'opérer autour d'une personne charismatique, Aristide en l'occurrence, qui incarnerait l'unité du peuple. Ainsi serait-il un vrai père et la nation serait une famille (lavalassienne ou pas). La paix se ferait autour d'un père qui pardonnerait à ses enfants prodigues ou turbulents. Cette façon de penser la paix ou la concorde nationale est celle d'Aristide. On est encore dans la logique d'un pouvoir patrimonial et autocratique mais qui accepterait certaines concessions. Cette manière de penser l'unité du peuple comme étant celle d'une famille est tout à fait dangereuse car  c'est une unité qui exclut et le pouvoir, dans ce cas,   doit toujours donner à voir la mort.

 

2- ou on admet que l'unité d'un peuple s'opère dans l'espace public lequel n'est pas du tout réductible à la famille, au pater familias, à l'espace privé. Dans ce cas, ce qui unifie, ce n'est pas une personne dans son incarnation charismatique. Au contrairie, l'unité du peuple est unité dans la diversité, dans le respect des convictions individuelles plurielles. En démocratie, l'unité ultime est introuvable. Ce qui unifie     des citoyens dans leur diversité, c'est la loi commune, le respect de ladite loi. Cette unité par la loi interdit tout pouvoir autocratique et ramène la paix durable.

 

Ou Aristide fait ce deuxième choix et la négociation est possible. On pourra ainsi espérer s'en sortir sans nager  éperdument. Ou il fait le choix contraire et dans ce cas il appartient  aux démocrrates et au peuple haïtien, avec l'aide de la communauté internationale, de l'obliger à se soumettre ou à se démettre.  

 

maggio 2001

Due governi in carica dal 7 febbraio

 

 

Dopo un lungo periodo di vacanza istituzionale, Haiti avrà due governi in carica a partire dal prossimo 7 febbraio. La decisione è stata presa dal cartello Convergenza Democratica, costituito da cinquecento delegati riunitisi in un albergo di Petionville, un elegante sobborgo della capitale.

 

La costituzione di un governo parallelo (al quale non hanno aderito importanti figure dell’opposizione) sancisce il rifiuto della proposta avanzata dal neo eletto presidente J.B. Aristide di includere nel proprio esecutivo alcuni membri dell’opposizione. Un rifiuto derivato dal mancato riconoscimento della legittimità dei risultati ufficiali sia delle elezioni legislative che di quelle presidenziali. Risultati contestati anche dagli osservatori Caricom (Organizzazione degli Stati dei Caraibi), unico organismo internazionale che abbia monitorato le elezioni haitiane dopo il rifiuto degli Stati Uniti di prestare assistenza elettorale e quello dell’Oea (Organizzazione degli Stati Americani) e dell’Unione Europea di inviare propri osservatori. 

Decisioni prese per protesta contro i gravissimi brogli che avevano caratterizzato le due tornate elettorali di maggio e giugno per il rinnovo del Parlamento. A seguito della palese illegalità di quelle votazioni, l’opposizione aveva deciso il boicottaggio delle presidenziali del 26 novembre, incitando gli elettori a disertare le urne. Un invito raccolto, secondo i dati Caricom che indicano un’affluenza inferiore al 20% dei 4 milioni di aventi diritto al voto. Una percentuale che invaliderebbe la vittoria di J.B. Aristide, che i dati ufficiali indicano al contrario supportata dal 91,69% delle preferenze su un 60,5% di votanti.

Per quanto la decisione dell’opposizione di non presentare propri candidati abbia indubbiamente favorito Aristide, che si è presentato quasi come candidato unico (correndo contro sei sconosciuti), il risultato della sua elezione viene ritenuto assolutamente falso dalle altre organizzazioni politiche, che contestano al suo partito, Fanmi Lavalas, il diritto di avere l’80% dei seggi al Parlamento.

 

La riapertura di una regolare attività parlamentare e governativa potrebbe permettere la ripresa dei finanziamenti da parte delle istituzioni internazionali, finanziamenti interrotti da anni. Da tempo i soli aiuti economici che giungono al più povero paese dell’emisfero occidentale, che registra tassi altissimi di povertà (con  un  reddito medio pro capite annuo di 400 dollari), analfabetismo e disoccupazione, sono erogati da organismi privati. Nel programma del futuro governo vi è l’impegno a creare 500.000 nuovi posti di lavoro. 

 

[Mariella Moresco Fornasier]

10 gennaio 2001  

Latinoamerica-online - Cultura, Società e Il Mondo dei Caraibi 

Ass. Cult. IMAGO MUNDI 

Direttore Mariella Moresco Fornasier

Registrazione presso il Tribunale di Milano n. 768 del 1/12/2000 

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