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Première République Noire Indépendante - 1er janvier 1804 |
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La bataille médiatique : pouvoir versus opposition Clarens Renois
Faiblement organisée, l’opposition traditionnelle trouvera quant à elle dans la générosité de la presse privée (indépendante ?) qui lui ouvre ses antennes et ses colonnes, un support considérable pour asseoir son combat contre le régime...
Faiblement organisée, l’opposition
traditionnelle trouvera quant à elle dans la générosité de la presse
privée (indépendante ?) qui lui ouvre ses antennes et ses colonnes, un
support considérable pour asseoir son combat contre le régime, qui non
seulement se réserve le contrôle exclusif des médias publics, mais
profite de l’avantage d’avoir sous sa coupe un certain nombre de
médias privés, dont la radio et la télévision du président Aristide.
Les journalistes des médias privés sont attaqués dans les rues ou
directement menacés, ceux des médias publics et d’obédience lavalas
ne sont pas bien accueillis dans les milieux de l’opposition. C’est le
prélude à un face-à-face, un « deux camps » où l’intolérance
prendra vite le dessus. La Convergence démocratique, qui rassemble les
partis anti Lavalas (pouvoir), profite largement de la disponibilité des
médias de l’ANMH (Association des directeurs de médias) pour se
refaire une santé auprès de l’opinion qui, si elle ne lui est pas
totalement indifférente, demeure méfiante à son discours. A
l’inverse, le mouvement de la société civile, « le groupe des 184 »,
à qui l’Initiative de la société civile a donné naissance, trouvera
plus de sympathie et de réceptivité auprès d’une frange de la
population. Le « groupe des 184 » viendra prendre le relais de l’opposition
et l’éclipser parfois pour reprendre le flambeau de la mobilisation
anti-Aristide lancée au lendemain des élections contestées de novembre
2000.
SILENCE ON TOURNE EN ROND…
Le jour où le président Aristide entre en fonction au Palais National,
le 7 février 2001, l’opposition (la Convergence) désigne et installe
son propre président. Depuis, toutes les tentatives de dialogue conduites
par les différentes missions de l’OEA et de la Caricom se sont
lamentablement heurtées à l’intransigeance d’un camp comme de l’autre
et à l’incapacité des acteurs à trouver le compromis politique
nécessaire. Les portes du dialogue sont désormais fermées pour donner
libre cours à la dialectique de la violence. Les propos tenus
publiquement par les uns et par les autres sont carrément des appels à
la confrontation comme s’il n’y avait pas d’autres moyens pour
résoudre la crise.
Et pourtant, nous avons fait cent fois, mille fois l’expérience de
l’affrontement. Entre autres exemples, en 1987 l’opposition au régime
du général Henry Namphy avait monté l’opération « Raché Manyòk »
soutenue par une partie de l’Eglise et par la quasi-totalité des partis
de la mouvance démocratique de l’époque pour contraindre le général
à partir. Ce mouvement, qui était également passé par la mobilisation
de l’université, les manifestations et grèves forcées, s’était
soldé par un lourd bilan d’une centaine de morts et de très nombreuses
victimes. Cette expérience n’a pas beaucoup servi à nos dirigeants
politiques, souvent à cours d’imagination dans les formules de solution
aux crises qu’ils ont eux-même engendrées ou provoquées. Aucun pouce
de terrain ne sera cédé à l’adversaire. Pourtant, dans ce bras de fer
que se livrent Lavalas et ses opposants, il n’y aura pas de gagnant. Il
y aura tout au plus trois perdants, les deux protagonistes et le pays. En
revanche, nous aurions tous à gagner à nous battre contre les tentations
de dérive qui menacent de nous engloutir tous. Il ne doit pas y avoir un
combat contre un homme, mais contre une mentalité, une mentalité à
changer. Ce combat ne doit pas être celui des adversaires d’un homme
mais le combat contre un système, le combat contre le retour à la
dictature. Il faut agir vite pour mettre fin à la crise, faire taire les
orgueils, repartir sur d’autres bases, avoir le courage de pardonner,
d’oublier et reprendre la route ensemble.
Au milieu de la circulation dense de l’autoroute de Delmas, une heure
après une immense manifestation de l’opposition, une paysanne juchée
sur un âne pousse deux autres animaux devant elle. Les bêtes ont l’air
hagardes et sont visiblement fatiguées. La paysanne tente de se frayer un
chemin avec son convoi. Tranquille, sereine presque, elle ne se cabre pas
face aux coups d’avertisseurs répétés des camionnettes qui se
bousculent pare-chocs contre pare-chocs. Elle ne se hâte pas davantage
lorsque l’un des animaux s’arrête pour se soulager. Le spectacle n’attire
pas l’attention. C’est la vie courante à Port-au-Prince. Fin de
scène, rideau. Demain est un autre jour, le même spectacle sera au
programme …
CR/JEC www.haitipressnetwork.com Posté le 21 janvier 2004 |
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