Les
personnes condamnées pour des violations des droits humains ne doivent pas
être
autorisées
à accéder à des postes de pouvoir
Communiqué
d'Amnesty International
Au
moins huit personnes inculpées ou reconnues coupables d'atteintes aux droits
humains sont actuellement en liberté en Haïti et doivent être remises immédiatement
à la justice, déclare Amnesty International dans un nouveau rapport.
Louis
Jodel Chamblain et Jean Pierre Baptiste (dit « Jean Tatoune »),
condamnés pour des violations des droits humains, sont actuellement à la tête
des forces rebelles qui circulent librement dans Port-au-Prince. Amnesty
International est extrêmement préoccupée par le fait que les forces
internationales présentes en Haïti aient laissé des forces rebelles dirigées
par des auteurs d'atteintes aux droits humains commises par le passé prendre
le contrôle de certaines parties de la capitale. L'organisation craint que
ces hommes ne s'allient à d'anciens collègues, membres de l'armée ou de
groupes paramilitaires, qui, jusqu'à leur évasion dimanche 29 février
2004, étaient emprisonnés au Pénitencier national pour des infractions liées
aux droits fondamentaux.
« La
force multinationale intérimaire doit veiller à ce que la sécurité des
policiers, des représentants de l'appareil judiciaire, des témoins et des défenseurs
des droits humains qui ont contribué à faire comparaître ces personnes
devant la justice soit assurée, car il existe un risque réel de représailles »,
a déclaré Amnesty International.
Par
ailleurs, l'organisation a lancé un nouvel appel pour que les deux
dirigeants rebelles et toutes les autres personnes impliquées dans des
violations flagrantes des droits humains soient exclus des postes de pouvoir
dans toute nouvelle structure gouvernementale susceptible d'être mise en
place en Haïti. Elle a aussi rappelé à la communauté internationale qu'il
serait totalement inacceptable et contraire au droit international relatif
aux droits humains de vouloir accorder une quelconque amnistie pour les
violations passées ou récentes des droits de la personne humaine.
« L'opportunisme
politique ne doit pas permettre à des auteurs d'homicides illégaux, de
torture ou d'autres atteintes aux droits humains d'échapper à la justice »,
a précisé Amnesty International.
« Ce
n'est pas parce que les massacres, les exécutions extrajudiciaires ou les
actes de torture pour lesquels ces personnes ont été traduites en justice
remontent à plusieurs années que leurs auteurs doivent être dispensés de
rendre des comptes. L'impunité dont ils ont bénéficié par le passé est
l'une des causes de la violence actuelle. »
Selon
des informations fournies par la presse internationale, le chef rebelle Guy
Philippe a déclaré être certain que ses forces se verraient confier un rôle
important et influent dans la vie publique du pays. Or, on peut s'inquiéter
de ce que certains dirigeants de l'opposition politique en Haïti aient laissé
entendre, semble-t-il, qu'ils étaient prêts à négocier un compromis
politique avec les dirigeants rebelles condamnés pour des atteintes aux
droits humains.
« Si
les événements prenaient une telle tournure, cela aurait un effet dévastateur
sur la possibilité d'établir un état de droit réel et durable en Haïti.
Les procès au cours desquels ces personnes ont été condamnées avaient
donné aux Haïtiens l'espoir de voir enfin le cycle de la violence politique
bel et bien brisé pour la première fois dans l'histoire de leur pays. Cet
espoir vient maintenant d'être trahi. », a souligné Amnesty
International.
L'organisation
appelle la communauté internationale, par l'intermédiaire de sa force
multinationale intérimaire, à prendre immédiatement des mesures pour
contrer la menace que ces personnes font peser sur les droits humains et l'état
de droit.
Cette
force multinationale doit agir de toute urgence pour que les auteurs connus
de violations des droits humains condamnés à des peines qu'ils n'ont pas
fini de purger ou inculpés pour des infractions liées aux droits
fondamentaux soient placés en détention et présentés à la justice haïtienne.
Les évadés doivent être remis immédiatement en prison ; quant aux
personnes condamnées par contumace, elles ont la possibilité, aux termes du
droit haïtien, d'être rejugées, et elles devraient être placées en détention
dans l'attente de ce nouveau procès.
La
force multinationale doit aussi prendre des mesures immédiates pour désarmer
les groupes rebelles et les bandes armées progouvernementales afin de
limiter les risques d'atteintes aux droits humains.
D'autre
part, la communauté internationale doit en toute priorité veiller à ce que
les personnes condamnées pour de graves violations des droits humains ou
ayant participé à de telles violations ne puissent en aucun cas se voir
attribuer de postes de pouvoir, que ce soit dans un gouvernement transitoire
ou au sein des forces de sécurité, où elles pourraient commettre de
nouvelles violations.
Par
ailleurs, la force multinationale intérimaire doit prendre de toute urgence
des mesures pour assurer la sécurité de tous les policiers, représentants
de l'appareil judiciaire, témoins et défenseurs des droits humains qui ont
contribué à faire comparaître devant la justice les personnes citées dans
le rapport d'Amnesty International.
Cette
force doit également veiller à protéger les dossiers de police et les
dossiers judiciaires relatifs aux violations des droits humains commises par
le passé.
Enfin,
aucune amnistie ne doit être accordée pour les atteintes aux droits humains,
qu'elles soient anciennes ou récentes.
À
plus long terme, la communauté internationale doit aider le système
judiciaire haïtien à traduire en justice toutes les personnes accusées d'avoir
participé à de tels actes.
Mercredi
3 mars 2004
L'intégralité
du rapport d'Amnesty International sur Haïti est disponible (en anglais) à
l'adresse :
http://web.amnesty.org/library/index/ENGAMR360132004
http://www.medialternatif.org/alterpresse
10 mars 2004