Déclaration
des organisations haitiennes membres de l'Assemblée des Peuples de la
Caraibe sur la présence de Jean Bertrand Aristide a la Jamaique
Les
organisations haïtiennes membres de l'Assemblée des Peuples de la Caraïbe
expriment leurs préoccupations et leur indignation face au séjour annoncé
de Monsieur Jean Bertrand Aristide à la Jamaïque au cours des prochaines
semaines.
Les
organisations haïtiennes demandent à leurs partenaires de la Caraïbe de
faire pression sur leurs Gouvernements respectifs pour qu'ils comprennent que
cette présence représente une menace certaine pour le fragile processus de
transition politique à peine entamé. Les organisations de la société
civile dans les pays frères devraient travailler à éclairer l'opinion
publique et leurs dirigeants politiques sur le caractère du régime déchu
de Jean Bertrand Aristide qui, en appliquant servilement les politiques dictées
par Washington et les Institutions Financières Internationales, a mis notre
pays à genoux en détruisant une grande partie de nos capacités productives
et de nos Institutions. Jean Bertrand Aristide a trahit les objectifs et les
idéaux du mouvement populaire de 1986 et a été rejeté par l'ensemble du
pays.
Nous
tenons à souligner à l'intention des organisations sœurs de la Caraïbe :
1.-
Que la CARICOM devrait modifier la nature de son engagement en Haïti en
soutenant le fragile processus de transition entamé qui offre l'opportunité
pour une re-fondation nationale en cette année du bicentenaire de la révolution
haïtienne. La tâche prioritaire aujourd'hui est d'aider le Peuple haïtien
à reprendre en main son destin et à redevenir une nation souveraine. Les
amis du Peuple haïtien doivent aider à la consolidation du processus actuel
en s'assurant qu'il permette d'aboutir à la définition d'un nouveau projet
national. En ce sens la lutte contre l'occupation militaire de notre sol
constitue une priorité. Cette occupation est, de toute évidence, un
obstacle majeur à la mise en place d'un authentique projet national.
2.-
Le départ de Jean Bertrand Aristide du pouvoir est le fruit d'un long
processus de mobilisation populaire au cours de laquelle la nation a réussi
à définir un très large consensus autour de la nécessité de révoquer le
mandat d'un Président mal élu qui travaillait pour accélérer la
destruction de notre pays.
3.-
Nous condamnons les circonstances du départ d'Aristide d'Haïti tôt dans la
matinée du 29 février 2004. Nous condamnons l'ingérence du Département d'État
dans les affaires politiques internes de notre pays. L'insurrection armée du
5 février selon toutes les informations disponibles a été appuyée et
financée par la CIA. L'intervention des GI's dans notre pays ne devrait pas
être utilisée comme précédent et justificatif d'une quelconque
intervention directe des troupes nord-américaines dans d'autres pays de la région.
Il est important de comprendre que l'intervention des troupes américaines a
été une décision unilatérale adoptée sans l'accord des acteurs
politiques haïtiens. Les forces américaines sont intervenues en Haïti pour
détourner et confisquer la victoire du Peuple haïtien contre la dictature
d'Aristide. Le Peuple haïtien, contrairement à Jean Bertrand Aristide, n'a
pas sollicité l'intervention de troupes étrangères sur notre sol.
4.-
Nous devons rappeler que quelques jours avant le 29 février 2004 l'ancien Président
quémandait une intervention militaire des GI's pour sauver son mandat et
briser le soulèvement populaire pacifique réclamant son départ.
Malheureusement la CARICOM a soutenu cette proposition. Depuis le retour de
1994 l'ex-président Aristide, en dépit d'une rhétorique nationaliste, ne
s'est jamais démarqué de l'agenda défini par les USA et a mis en œuvre
les éléments essentiels du Plan d'ajustement structurel imposé comme
condition de son retour. Les résultats de cette politique sont aujourd'hui
évidents : un pays en régression économique rapide et de plus en plus
dépendant de l'extérieur, des institutions en lambeaux et les affres de l'extrême
pauvreté qui frappent près de 80% de la population.
5.-
L'accueil d'Aristide par le Gouvernement présidé par J. Percival Paterson
pourrait être interprété comme un signe positif d'indépendance de la
CARICOM face aux USA. Mais en fait la soumission de Monsieur Aristide par
rapport à Washington interdit d'en faire un allié sérieux contre l'impérialisme
américain. Rappelons que sa sécurité personnelle a toujours été assurée
depuis octobre 1994 par des vétérans de l'armée américaine fournis à
prix d'or par une firme privée. Selon des estimations crédibles ce
dispositif de sécurité coûtait 9 millions de dollars US annuellement aux
contribuables haïtiens.
6.-
La présence de Jean Bertrand Aristide près des côtes haïtiennes représente
une menace certaine de déstabilisation du processus en cours. La CARICOM
devrait clairement reconnaître que Monsieur Aristide n'est plus le Président
d'Haïti.
7.-
Monsieur Jean Bertrand Aristide doit être poursuivi par devant les Tribunaux
pour de nombreux crimes commis contre le Peuple haïtien et ses biens
devraient être confisqués et restitués au Trésor Public. La corruption
qui a caractérisé son régime est largement connue et documentée de même
que la longue liste des assassinats politiques et des violations massives,
continues et systématiques des droits de la personne dénoncées par de
nombreuses instances nationales et internationales.
8.-
Il est paradoxal de constater les limites souvent discriminatoires mises en
place par les pays de la Caraïbe pour réduire l'entrée des travailleurs haïtiens
sur leur territoire et la complaisance avec laquelle la Jamaïque accueille
quelqu'un qui a fait tant de mal à notre nation. La communauté caraïbe que
vous voulez construire donnerait elle plus d'avantages aux criminels qu'aux
honnêtes travailleurs à la recherche d'un emploi. Ceux-ci sont souvent persécutés,
pourchassés par la police et rapatriés de force parfois au mépris des
conventions internationales régissant la matière. Il est nécessaire de
reconsidérer les politiques migratoires en vigueur aujourd'hui et envisager
la libre circulation des personnes comme un élément essentiel du développement
à long terme de notre région.
Nous
demandons aux organisations sœurs de la Caraïbe :
1.
de tout mettre en œuvre pour empêcher que soit accueilli Monsieur Aristide
à la Jamaïque parce que cette présence est lourde de menaces pour le
Peuple haïtien
2.
de mener une campagne d'information pour bien faire comprendre à l'opinion
publique le vrai caractère du régime anti-populaire et anti-national
d'Aristide
3.
de mener campagne pour intensifier la coopération avec Haïti en modifiant
l'orientation actuelle adoptée qui s'est malheureusement traduite au cours
des dernières années par un soutien à la dictature aristidienne.
4.
de contribuer à aider le Peuple haïtien à lutter cotre l'occupation
militaire et à reconquérir son indépendance en concordance avec les résolutions
adoptées au cours de la Troisième Assemblée des Peuples de la Caraïbe qui
s'est tenue au Cap-haïtien en août 2003 et au cours de laquelle nous nous
sommes engagés solennellement à construire une Caraïbe souveraine, juste
et égalitaire. Une autre caraïbe est possible. Que vivent la souveraineté
et l'autodétermination des Peuples de la région ! ! Pour le Comité
Exécutif National (CEN) de l'Assemblée des Peuples de la Caraïbe (APC)
PAPDA,
Camille Chalmers
GARR,
Colette Lespinasse
SOFA,
Carol Pierre-Paul Jacob
ACO,
Ferguens Lorméus