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Haiti

Première République Noire Indépendante - 1er janvier 1804

 

 

Who is in charge ?  Où est le vrai pouvoir ?

Haiti en Marche

Dans un article du quotidien Le Nouvelliste (édition du jeudi 15 avril), on lit: "la plus grande force politique en Haïti - à savoir la communauté internationale conduite par les Etats-Unis d'Amérique et la France ...".

Indignée par l'impunité dont jouissent des chefs rebelles qui ont eu maille à partir avec la justice, c'est à la force internationale que s'adresse l'organisation Human Rights Watch pour les appréhender (ce qui n'est pas plus évident).

Qui dispose aujourd'hui en Haïti du pouvoir de décision? Who is in charge?

Au départ du président renversé Jean-Bertrand Aristide ont été installés un président par interim, Me Boniface Alexandre, ancien doyen de la Cour de cassation; un Conseil des sages; un nouveau premier ministre, Gérard Latortue, fonctionnaire international à la retraite, et un cabinet ministériel.

Cependant des fatras qui ne sont pas ramassés depuis plusieurs semaines, en passant par la commande de gasoil pour la compagnie d'électricité, à une décision fixant le sort des ex-militaires, on ne sait toujours pas qui est qui, qui fait quoi?

Les services affectés au nettoyage des rues (mairie, services déconcentrés: CNE, SMCRS) se renvoient la balle ...

L'ED'H (Electricité d'Haïti) n'a été consultée qu'après livraison du carburant et sans aucun droit de regard sur la fixation des tarifs. Qui a passé la commande? Un scandale de surfacturation éclate au Palais national. Mais le nouveau ministre de l'Intérieur, Hérard Abraham, intervient de lui-même pour endosser la responsabilité ... sous son "autorité morale."

Le courant ne passe plus ...

Mais depuis, c'est le black-out total. Au propre comme au figuré ...

Depuis, le courant ne passe plus.

Qui détient le pouvoir?

Le président Boniface Alexandre semble accepter sans rechigner son rôle de simple figurant ...

Même les chrysanthèmes dont le Premier ministre ne lui laisse l'inauguration. Par exemple, les nations de la Communauté Caraïbe (CARICOM) sont représentées au niveau de leur Premier ministre, qui est la plus haute autorité locale, sauf Haïti qui a un système présidentiel. Mais dans la querelle autour du séjour temporaire de M. Aristide à la Jamaïque, on n'a entendu que la voix de M. Latortue. Hélas.

Cependant quand ce dernier prend la parole aux Gonaïves pour glorifier les rebelles qui ont conduit l'offensive aboutissant à la chute du pouvoir Lavalas, il se fait taper sur les doigts par l'administration américaine. Contrairement à la Charte de l'OEA (Organisation des Etats Américains), Latortue légitimait ainsi le renversement d'un président constitutionnellement élu par la violence.

Et c'est chaque jour que les déclarations conflictuelles se multiplient autour de la présence des ex-militaires, fer de lance de l'armée rebelle, mais devenue entre-temps un véritable dilemme.

D'abord l'ex-lieutenant général Hérard Abraham (déjà mentionné plus haut) déclare sans ambages son intention de ré-instaurer les ex-forces armées d'Haïti qui ont été dissoutes par le président Aristide en 1994 pour cause de coup d'Etat (30 septembre 1991) suivi de massacres à tours de bras contre la population civile.

Notons qu'Abraham affichait dans les débuts une sorte de comportement d'Etat dans l'Etat ... Ne l'avait-on pas donné comme le favori de Washington pour le poste de Premier ministre?

Afin que nul n'en ignore ...

Mais dans la même semaine, Latortue rectifie qu'une telle décision serait plutôt de la compétence du prochain pouvoir qui sortira des élections constitutionnelles. Celles-ci ont été fixées à l'année prochaine, 2005.

Puis afin que nul n'en ignore, voici les Américains qui s'emparent eux-mêmes du dossier. "Haïti n'a pas besoin d'une armée, l'abolition de celle-ci est la décision la plus valable qui ait jamais été prise par le président Aristide" déclare le commandant des forces américaines en direction de l'Amérique du sud (Southern Command), Gén. James Hill.

A quoi le Secrétaire d'Etat Colin Powell renchérit au cours de sa récente visite (5 avril) à Port-au-Prince: Haïti a besoin de bien consolider sa police nationale, pas d'une armée.

Mais le calvaire des ex-rebelles n'est pas fini pour autant ...

Les Etats-Unis restent prudents vis-à-vis d'un projet du gouvernement intérimaire de les intégrer dans la force de police nationale, quitte à les soumettre à un examen minutieux pour écarter les violateurs des droits humains.

Selon l'Assistant-secrétaire d'Etat pour l'Amé-rique latine, Roger Noriega, lors d'une conférence la semaine derniè-re devant l'A-merican Enter-prise Institute à Washington: le fait d'avoir appartenu aux rebelles ne qualifie pas automatiquement pour entrer dans la force de police nationale!

Vendredi, les ex-militaires ont organisé une marche de protestation dans le Plateau central, où ils ont un contrôle total sur la région.

Latortue peut bien annoncer que "la France va nous aider dans l'éva-luation des anciens insurgés que nous essayons d'in-tégrer dans la police." Personne n'est dupe. La décision finale n'est pro-bablement pas de son ressort. Ni de celui d'aucune autre autorité locale.

Recours à la guérilla'...

Autre dossier dans lequel on ne cesse de tourner autour du pot, c'est celui des 14 sénateurs restés en fonction, et tous membres du parti de l'ex-président, Fanmi Lavalas.

A peine avait-il désigné le Premier ministre et le vent en poupe, le Conseil des sages (9 membres de la société civile, tous appartenant aux secteurs anti-Lavalas) annonça sans crier gare qu'il faut renvoyer les sénateurs (12 ou 14, on ne sait trop), débris de la débâcle du Lavalas, et que les attributions du législatif seront exercées jusqu'aux prochaines élections par un Conseil des sages élargi ...

Mais les sénateurs refusent de bouger.

Le gouvernement ne prend officiellement aucune position (ce qui est un signe), mais on apprend que les comptes du Sénat ont été bloqués - comme ceux des autres institutions. D'autre part, le Sénat n'est invité à aucune démarche officielle, même celles que la constitution lui reconnaît.

Faute de prendre le taureau par les cornes, on a recours à la guérilla ...

Mais Yvon Feuillé, président du Sénat ou de ce qu'il en reste, ne semble pas décidé à lâcher prise.

A moins que le gouvernement envoie la troupe. Or il le ferait immédiatement s'il en avait le pouvoir ...

En fin de semaine, Gérard Latortue a annoncé qu'il exclura Fanmi Lavalas de la formation du nouveau Conseil électoral provisoire (CEP) si l'ex-parti au pouvoir continue de reporter la désignation de son représentant.

Fanmi Lavalas exige la fin des hostilités contre ses ex-dirigeants et ses partisans pour participer au processus électoral.

C'est l'international qui donne le ton ...

En guise de réponse, le gouvernement a communiqué une seconde liste de personnalités Lavalas frappés d'une interdiction de départ.

Des secteurs proches du pouvoir pressent celui-ci de changer la formule de composition du CEP pour en écarter le Lavalas. Cette formule est conforme aux résolutions de l'OEA (dont on n'entend presque plus parler, il est vrai).

Il ne reste que d'attendre.

Cependant, les choses ne semblent pas aller très fort non plus pour le Conseil des sages. On le dirait même exclu de l'actualité. Aucun des officiels étrangers de passage ne lui rend visite. Or c'est l'international qui donne le ton.

Les 9 sages ambitionnent de remplacer le législatif comme pouvoir de contrôle auprès de l'exécutif ...

Or, de son côté l'administration américaine a nommé une équipe de conseillers pour assister aussi le gouvernement haïtien.

Y a-t-il risque de conflit?

Beaucoup de monde sur la touche ...

Les choses ne sont pas plus claires pour l'ex-opposition. La Convergence Démocratique, sa principale branche politique, commence par exiger des élections dans le délai constitutionnel, c'est-à-dire trois mois après la chute du régime précédent. Mais la demande de Convergence n'obtient aucun écho.

De son côté, le Groupe des organisations de la société civile ("184"), sous la houlette de André Apaid junior, n'est pas parvenu à tenir ses promesses envers certains partenaires et non des moindres. Nous pensons aux rebelles et à leur chef Guy Philippe, le héros de la manifestation unitaire du 7 mars 2004 célébrant le renversement du régime Lavalas. Washington est formel: pas de place pour les chefs rebelles dans le gouvernement.

Finalement, le Consensus de transition signé entre le gouvernement intérimaire et la Plate-forme démocratique (Convergence et Groupe des 184) laisse beaucoup de monde sur la touche.

Et dans beaucoup de cas, pour des raisons indépendantes de la volonté des parties, mais par une volonté supérieure.

D'un extrême à l'autre ...

Pour finir, il y a un dicton qui veut qu'un chef de l'Etat ne gouverne que pendant deux semaines. Après quoi, il est gouverné ...

Que dire alors d'un gouvernement dont le Premier ministre et la plupart des titulaires ministériels sont rentrés directement de l'étranger pour prendre leurs fonctions.

L'actuel pouvoir semble bloqué dès son entrée en scène et ne se caractériser jusqu'à présent que dans la poursuite des dignitaires du régime précédent.

Ceci expliquant cela ...

Souvenons nous du Lavalas de 1991 qui avait fermé la totalité des ministères et boîtes de l'Etat pour restructuration. On en était encore là quand est survenu le coup d'Etat du 30 septembre ...

Mais Lavalas ne se targuait pas d'être un gouvernement de technocrates !

Des observateurs ont salué positivement l'accession d'un tel gouvernement, en le mettant en parallèle avec le style de pouvoir personnel pratiqué par un Jean-Bertrand Aristide.

Mais le sentiment est qu'on est passé d'un extrême à l'autre, qu'on est tombé dans l'excès contraire. Comme toujours en Haïti ...

Mais les grandes chancelleries qui nous gouvernent ne font rien non plus pour nous aider à combler le vide. Tout au contraire.

www.haitienmarche.com    17 Avril 2004

 

 

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Ass. Cult. Imago Mundi - Direttore Mariella Moresco Fornasier

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