Depuis,
le courant ne passe plus.
Qui détient
le pouvoir?
Le président
Boniface Alexandre semble accepter sans rechigner son rôle de simple
figurant ...
Même les
chrysanthèmes dont le Premier ministre ne lui laisse l'inauguration. Par
exemple, les nations de la Communauté Caraïbe (CARICOM) sont représentées
au niveau de leur Premier ministre, qui est la plus haute autorité locale,
sauf Haïti qui a un système présidentiel. Mais dans la querelle autour du
séjour temporaire de M. Aristide à la Jamaïque, on n'a entendu que la voix
de M. Latortue. Hélas.
Cependant
quand ce dernier prend la parole aux Gonaïves pour glorifier les rebelles
qui ont conduit l'offensive aboutissant à la chute du pouvoir Lavalas, il se
fait taper sur les doigts par l'administration américaine. Contrairement à
la Charte de l'OEA (Organisation des Etats Américains), Latortue légitimait
ainsi le renversement d'un président constitutionnellement élu par la
violence.
Et c'est
chaque jour que les déclarations conflictuelles se multiplient autour de la
présence des ex-militaires, fer de lance de l'armée rebelle, mais devenue
entre-temps un véritable dilemme.
D'abord
l'ex-lieutenant général Hérard Abraham (déjà mentionné plus haut) déclare
sans ambages son intention de ré-instaurer les ex-forces armées d'Haïti
qui ont été dissoutes par le président Aristide en 1994 pour cause de coup
d'Etat (30 septembre 1991) suivi de massacres à tours de bras contre la
population civile.
Notons
qu'Abraham affichait dans les débuts une sorte de comportement d'Etat dans
l'Etat ... Ne l'avait-on pas donné comme le favori de Washington pour le
poste de Premier ministre?
Afin que
nul n'en ignore ...
Mais dans
la même semaine, Latortue rectifie qu'une telle décision serait plutôt de
la compétence du prochain pouvoir qui sortira des élections
constitutionnelles. Celles-ci ont été fixées à l'année prochaine, 2005.
Puis afin
que nul n'en ignore, voici les Américains qui s'emparent eux-mêmes du
dossier. "Haïti n'a pas besoin d'une armée, l'abolition de celle-ci
est la décision la plus valable qui ait jamais été prise par le président
Aristide" déclare le commandant des forces américaines en direction de
l'Amérique du sud (Southern Command), Gén. James Hill.
A quoi le
Secrétaire d'Etat Colin Powell renchérit au cours de sa récente visite (5
avril) à Port-au-Prince: Haïti a besoin de bien consolider sa police
nationale, pas d'une armée.
Mais le
calvaire des ex-rebelles n'est pas fini pour autant ...
Les
Etats-Unis restent prudents vis-à-vis d'un projet du gouvernement intérimaire
de les intégrer dans la force de police nationale, quitte à les soumettre
à un examen minutieux pour écarter les violateurs des droits humains.
Selon l'Assistant-secrétaire
d'Etat pour l'Amé-rique latine, Roger Noriega, lors d'une conférence la
semaine derniè-re devant l'A-merican Enter-prise Institute à Washington: le
fait d'avoir appartenu aux rebelles ne qualifie pas automatiquement pour
entrer dans la force de police nationale!
Vendredi,
les ex-militaires ont organisé une marche de protestation dans le Plateau
central, où ils ont un contrôle total sur la région.
Latortue
peut bien annoncer que "la France va nous aider dans l'éva-luation des
anciens insurgés que nous essayons d'in-tégrer dans la police."
Personne n'est dupe. La décision finale n'est pro-bablement pas de son
ressort. Ni de celui d'aucune autre autorité locale.
Recours
à la guérilla'...
Autre
dossier dans lequel on ne cesse de tourner autour du pot, c'est celui des 14
sénateurs restés en fonction, et tous membres du parti de l'ex-président,
Fanmi Lavalas.
A peine
avait-il désigné le Premier ministre et le vent en poupe, le Conseil des
sages (9 membres de la société civile, tous appartenant aux secteurs
anti-Lavalas) annonça sans crier gare qu'il faut renvoyer les sénateurs (12
ou 14, on ne sait trop), débris de la débâcle du Lavalas, et que les
attributions du législatif seront exercées jusqu'aux prochaines élections
par un Conseil des sages élargi ...
Mais les
sénateurs refusent de bouger.
Le
gouvernement ne prend officiellement aucune position (ce qui est un signe),
mais on apprend que les comptes du Sénat ont été bloqués - comme ceux des
autres institutions. D'autre part, le Sénat n'est invité à aucune démarche
officielle, même celles que la constitution lui reconnaît.
Faute de
prendre le taureau par les cornes, on a recours à la guérilla ...
Mais Yvon
Feuillé, président du Sénat ou de ce qu'il en reste, ne semble pas décidé
à lâcher prise.
A moins
que le gouvernement envoie la troupe. Or il le ferait immédiatement s'il en
avait le pouvoir ...
En fin de
semaine, Gérard Latortue a annoncé qu'il exclura Fanmi Lavalas de la
formation du nouveau Conseil électoral provisoire (CEP) si l'ex-parti au
pouvoir continue de reporter la désignation de son représentant.
Fanmi
Lavalas exige la fin des hostilités contre ses ex-dirigeants et ses
partisans pour participer au processus électoral.
C'est l'international
qui donne le ton ...
En guise
de réponse, le gouvernement a communiqué une seconde liste de personnalités
Lavalas frappés d'une interdiction de départ.
Des
secteurs proches du pouvoir pressent celui-ci de changer la formule de
composition du CEP pour en écarter le Lavalas. Cette formule est conforme
aux résolutions de l'OEA (dont on n'entend presque plus parler, il est vrai).
Il ne
reste que d'attendre.
Cependant,
les choses ne semblent pas aller très fort non plus pour le Conseil des
sages. On le dirait même exclu de l'actualité. Aucun des officiels étrangers
de passage ne lui rend visite. Or c'est l'international qui donne le ton.
Les 9
sages ambitionnent de remplacer le législatif comme pouvoir de contrôle
auprès de l'exécutif ...
Or, de
son côté l'administration américaine a nommé une équipe de conseillers
pour assister aussi le gouvernement haïtien.
Y a-t-il
risque de conflit?
Beaucoup
de monde sur la touche ...
Les
choses ne sont pas plus claires pour l'ex-opposition. La Convergence Démocratique,
sa principale branche politique, commence par exiger des élections dans le délai
constitutionnel, c'est-à-dire trois mois après la chute du régime précédent.
Mais la demande de Convergence n'obtient aucun écho.
De son côté,
le Groupe des organisations de la société civile ("184"), sous la
houlette de André Apaid junior, n'est pas parvenu à tenir ses promesses
envers certains partenaires et non des moindres. Nous pensons aux rebelles et
à leur chef Guy Philippe, le héros de la manifestation unitaire du 7 mars
2004 célébrant le renversement du régime Lavalas. Washington est formel:
pas de place pour les chefs rebelles dans le gouvernement.
Finalement,
le Consensus de transition signé entre le gouvernement intérimaire et la
Plate-forme démocratique (Convergence et Groupe des 184) laisse beaucoup de
monde sur la touche.
Et dans
beaucoup de cas, pour des raisons indépendantes de la volonté des parties,
mais par une volonté supérieure.
D'un extrême
à l'autre ...
Pour
finir, il y a un dicton qui veut qu'un chef de l'Etat ne gouverne que pendant
deux semaines. Après quoi, il est gouverné ...
Que dire
alors d'un gouvernement dont le Premier ministre et la plupart des titulaires
ministériels sont rentrés directement de l'étranger pour prendre leurs
fonctions.
L'actuel
pouvoir semble bloqué dès son entrée en scène et ne se caractériser
jusqu'à présent que dans la poursuite des dignitaires du régime précédent.
Ceci
expliquant cela ...
Souvenons
nous du Lavalas de 1991 qui avait fermé la totalité des ministères et boîtes
de l'Etat pour restructuration. On en était encore là quand est survenu le
coup d'Etat du 30 septembre ...
Mais
Lavalas ne se targuait pas d'être un gouvernement de technocrates !
Des
observateurs ont salué positivement l'accession d'un tel gouvernement, en le
mettant en parallèle avec le style de pouvoir personnel pratiqué par un
Jean-Bertrand Aristide.
Mais le
sentiment est qu'on est passé d'un extrême à l'autre, qu'on est tombé
dans l'excès contraire. Comme toujours en Haïti ...
Mais les
grandes chancelleries qui nous gouvernent ne font rien non plus pour nous
aider à combler le vide. Tout au contraire.