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Haiti

Première République Noire Indépendante - 1er janvier 1804

 

 

La CARICOM maintient l'épée de Damoclès

 

L'OEA reconnaît la légitimité du gouvernement haïtien de transition et qualifie le "brusque départ" du président Jean-Bertrand Aristide en février dernier de "démission", titre l'AFP.

Cependant Associated Press, de son côté, écrit : malgré les objections des Etats-Unis et du gouvernement haïtien, l'OEA a ouvert la voie pour une investigation dans le renversement d'Aristide.

Que croire?

L'Organisation des Etats Américains a mis fin à sa rencontre des lundi 7 et mardi 8 juin à Quito, Equateur, sur une résolution qui reconnaît, en effet, le "gouvernement de transition", mais qui inclut également l'article 20 de la Charte Démocratique Interaméricaine. Cet article prévoit un audit international du processus démocratique dans un pays membre en cas "d'atteinte à l'ordre constitutionnel."

La résolution sur Haïti a été adoptée après deux jours de débats acharnés. L'inclusion de l'article 20 ayant été combattue jusqu'au bout par l'administration américaine et le gouvernement intérimaire haïtien. Tandis que les pays de la Communauté caraïbe (CARICOM) ont exigé son intégration, sous peine d'entrer pratiquement en rébellion contre l'organisation hémisphérique.

En effet, les petites nations indépendantes de la Caraïbe n'ont pas digéré les "circonstances" qui ont entouré la chute du président Aristide le 29 février dernier. Alors que des rebelles en armes avançaient vers la capitale haïtienne, Aristide a été pressé par les Etats-Unis et la France de vider les lieux. Il est finalement parti dans la nuit noire dans un avion (sans matricule) affrété par le gouvernement américain et vers une destination inconnue, jusqu'au débarquement du couple présidentiel en République Centrafricaine près de 20 heures plus tard.

Un dangereux précédent ...

Les pays de la CARICOM ont réagi automatiquement, considérant cette façon de procéder comme "un dangereux précédent."

Après avoir refusé de participer à la Force multinationale à dominante américaine et française, et qui arriva en Haïti dans les heures mêmes qui ont suivi la chute du régime Aristide, les nations caribéennes ont réclamé devant l'ONU une investigation sur les événements du 29 février. Mais demande qui était sûre d'être renversée par un veto américain ou français au Conseil de sécurité.

Alors elles se sont tournées vers l'Organisation des Etats Américains, où la Communauté caraïbe compte 15 membres sur 34. Donc une confortable "majorité." Et en prenant appui sur ce fameux article 20 de la Charte Démocratique Interaméricaine. Adopté en 2001, ledit article n'a encore jamais été appliqué. Il appelle à une "évaluation collective d'un pays membre en cas d'altérations du système constitutionnel qui mettent en danger l'ordre démocratique."

Jugement de valeur ...

La dépêche de l'Agence France Presse (datée de Quito, 8 juin) semble s'être laissée influencer par la position dans cette querelle du Département d'Etat américain et du gouvernement intérimaire haïtien ...

En effet, l'AFP écrit : "L'adoption d'un tel texte par l'OEA constituerait un revers de taille pour les Etats-Unis, opposés à toute enquête de ce type."

Ou encore : "Le document, qualifié de 'bon point' pour le gouvernement d'Haïti par un diplomate occidental, considère que l''altération du régime constitutionnel a commencé avant le 29 février 2004', date du changement de régime."

Conclusion de l'AFP : "L'OEA estime donc qu'il n'y a pas eu de coup d'Etat."

Pour finir : "Nous avons désormais tout le monde à bord : l'ONU, l'OEA et la CARICOM grâce à ce texte commun" déclare le nouveau chargé d'affaires d'Haïti auprès de l'OEA à Washington, l'ex-député de l'ancienne opposition Duly Brutus (bien entendu à l'Agence France Presse).

Par contre, la dépêche de Associated Press se garde de tout jugement de valeur de ce genre.

Primo, la CARICOM refuse toujours de reconnaître officiellement le gouvernement provisoire haïtien. Cette demande de reconnaissance, promue ardemment par les Etats-Unis, a provoqué la crise la plus importante de toute l'histoire des relations entre la petite communauté caribéenne et le grand voisin.

La demande sera ré-examinée lors du prochain sommet de la CARICOM ce mois de juillet. Le Premier ministre intérimaire haïtien Gérard Latortue est actuellement lancé dans une grande opération de relations publiques auprès de ses homologues de la région.

"Inconstitutionnel" ...

A ce stade, la dépêche de Associated Press diffère totalement de celle de l'AFP.

"L'Organisation des Etats Américains appelle à des élections en Haïti aussitôt que possible" titre AP.

"Mais le débat au sujet d'une investigation dans le 'coup' (du 29 février) a duré des heures jusqu'à ce que l'organisation eut approuvé mardi soir (8 juin) une résolution qualifiant le renversement d'Aristide d'inconstitutionnel et permettant une enquête sur ce qui est arrivé."

On a peine à croire que les deux agences de presse parlent du même événement.

Dans la même résolution, les ministres des affaires étrangères des 34 pays de l'OEA appellent de toute urgence le "gouvernement de transition haïtien à créer des conditions conduisant à la tenue d'élections libres, honnêtes et démocratiques en Haïti aussitôt que possible."

Ils engagent également leurs nations respectives à entreprendre "toutes les initiatives diplomatiques nécessaires" pour promouvoir la démocratie en Haïti.

Le gouvernement de Port-au-Prince a réagi favorablement.

L'ex-opposition à Aristide, aujourd'hui proche du pouvoir en place, a poussé des cris de joie. Peut-être prématurément ...

Un même "package" ...

En effet, tant que ses intentions sont honnêtes et qu'il considère sa mission comme étant l'organisation d'élections libres, honnêtes et démocratiques, et précisons dans une atmosphère de totale neutralité vis-à-vis de tous les compétiteurs généralement quelconques, le gouvernement Boniface Alexandre-Gérard Latortue n'a pas tant à se soucier personnellement de l'article 20 et de sa présence dans la nouvelle résolution de l'OEA.

Par contre désormais cette disposition de la Charte Démocratique Interaméricaine est comme une épée de Damoclès pour tous les partenaires de la nouvelle transition politique haïtienne, y compris les Etats-Unis et la France. Les nations caribéennes ayant démontré qu'elles n'ont pas l'intention de renoncer à leurs griefs (y compris envers ces deux puissances) tant que la menace qu'elles croient percevoir dans le 'coup' du 29 février n'aura pas été rectifiée ...

Et justement la nouveauté c'est que l'article 20 fait désormais partie d'un même "package" avec les prochaines élections. Donc pouvant dénoncer à n'importe quel moment toute "altération" à celles-ci et pour commencer au processus devant y conduire.

Autre nouveauté : il ne s'agit pas nécessairement du gouvernement en place, "gouvernement de transition", donc pas le seul à pouvoir être soupçonné de rechercher à détourner les élections ou le processus électoral à son profit ...

Il s'agit encore plus des partis ou secteurs qui vont concourir à ces élections, que ce soit les coalitions de l'ex-opposition anti-Aristide ou l'ex-régime au pouvoir Lavalas.

Les prochaines élections fixées en 2005 seront sans aucun doute parmi les plus ardemment disputées de l'Haïti post-Duvalier.

L'opposition a été hors du pouvoir pendant plus de trois mandats présidentiels (depuis 1991), à l'exception de l'intermède anti-constitutionnel du coup d'Etat militaire (1991-1994) ...

L'élite économique ...

De nouveaux acteurs relativement puissants sont impliqués, telle la société civile, organisée sous la houlette de l'élite économique, et représentée par la coalition dénommée Groupe des 184; ou ont refait surface sous d'autres formes. Ce sont les ex-membres des Forces armées d'Haïti qui ont été dissoutes par le président Aristide en 1995 et qui ont joué une rôle de fer de lance dans l'insurrection armée ayant conduit à la chute du président Lavalas ...

Leurs alliés au sein du mouvement insurrectionnel ("GNB") leur auraient promis de soutenir leur demande pour une réorganisation de l'armée ... Mais les Etats-Unis s'y opposent, sans avoir jamais explicité réellement leurs raisons !

Enfin, Lavalas lui-même qui reste, jusqu'à nouvel ordre, le mouvement politique le plus populaire sur le terrain. Mais dont plusieurs ex-dirigeants, et proches de l'ex-président, sont en ce moment détenus à Miami sous l'accusation de trafic de drogue.

Invité à envoyer un membre au nouveau conseil électoral provisoire (CEP), dont les 8 autres membres appartiennent à des groupes anti-Aristide, le parti Fanmi Lavalas est engagé depuis plusieurs semaines dans de laborieuses négociations avec le Premier ministre Gérard Latortue auquel ils exigent d'abord que soit mis fin à la répression qui se poursuit, directement ou indirectement, contre leurs ex-dirigeants ou/et leurs partisans.

Une utilisation plus positive de l'article 20 ...

La CARICOM attend donc au tournant pour stigmatiser, en cas de nécessité, le comportement des uns ou des autres (en accord avec la nouvelle résolution appelant tous les Etats membres à entreprendre "toutes les initiatives diplomatiques nécessaires" pour promouvoir la démocratie en Haïti) ...

Y compris les Etats-Unis, qui ont profité de l'avance le 29 février des rebelles pour pousser le président Aristide par la porte de sortie, et la France dont la dépêche de l'AFP citée plus haut montre clairement tout l'intérêt aujourd'hui sur l'échiquier politique haïtien.

Conclusion : l'Organisation des Etats Américains peut avoir trouvé dans cette résolution une utilisation plus positive de l'article 20 de la Charte Démocratique Interaméricaine que ce qui était recherché précédemment par les pays membres de la CARICOM.

Ceux-ci avaient d'ailleurs soigneusement précisé avant les assises de Quito que leur position ne doit pas être confondue avec une quelconque défense de la présidence Aristide contre les multiples allégations pouvant être lancées contre celui-ci par Washington et le pouvoir de Port-au-Prince.

Mais que c'est une position de principe ...

Par un autre chemin, la détermination de la CARICOM peut se révéler en effet payante pour la démocratie haïtienne.

 

http://www.haitienmarche.com/        14 Juin 2004

 

 

  Latinoamerica-online 

Ass. Cult. Imago Mundi - Direttore  responsabile Mariella Moresco Fornasier

Registrazione presso il Tribunale di Milano n. 768 del 1/12/2000  e n. 258 del 13/04/2004 

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